Responsabilité civile professionnelle

RC Pro chiropracteur : une obligation légale

Depuis le 1er janvier 2015, tout chiropracteur exerçant à titre libéral doit être assuré en responsabilité civile professionnelle. Son statut particulier — un titre reconnu par la loi, mais une profession absente du code de la santé publique — rend cette couverture d’autant plus décisive : aucun mécanisme de solidarité nationale ne prend le relais.

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RC Pro chiropracteur
depuis 2015
Obligatoire
depuis le 1er janvier 2015
Obligatoire
d’amende en cas de défaut
45 000 €
aucun filet de solidarité
Sans ONIAM

Un titre reconnu par la loi, une profession hors du code de la santé publique

Comprendre votre assurance suppose de comprendre d’abord votre statut, qui n’a pas d’équivalent exact dans le paysage français des métiers du soin.

L’article 75 de la loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 a reconnu l’usage professionnel du titre de chiropracteur. Ce titre est réservé aux titulaires d’un diplôme délivré par un établissement de formation agréé par le ministre chargé de la santé, et l’exercice suppose une inscription sur une liste tenue par le directeur général de l’agence régionale de santé de votre lieu d’exercice.

Le décret n° 2011-32 du 7 janvier 2011 a ensuite fixé les actes que vous êtes autorisé à accomplir et les conditions dans lesquelles vous les accomplissez. Un arrêté du même jour encadre la formation conduisant au diplôme.

Ce que « profession réglementée » ne veut pas dire ici

Le titre est protégé et l’exercice encadré, mais le chiropracteur n’est cité par le code de la santé publique ni parmi les professions médicales, ni parmi les auxiliaires médicaux. Vous n’êtes pas médecin, vous ne posez pas de diagnostic médical, et vous ne relevez pas des règles propres aux professions inscrites à ce code. Il n’existe pas non plus d’ordre professionnel de la chiropraxie.

Ne transposez pas les règles d’une autre thérapie manuelle

L’article 75 de la loi de 2002 a créé plusieurs titres de thérapie manuelle, mais chacun a reçu son propre décret d’application, et les règles diffèrent — en particulier sur les manipulations du rachis cervical, où un décret voisin impose un diagnostic médical préalable que le vôtre n’exige pas chez l’adulte. Le texte qui vous est opposable est le décret n° 2011-32 du 7 janvier 2011, et lui seul.

La RC Pro est obligatoire depuis le 1er janvier 2015

Contrairement à une idée encore répandue, l’obligation d’assurance du chiropracteur ne vient pas du décret de 2011 : elle a été créée trois ans plus tard, par une loi d’adaptation au droit de l’Union européenne.

L’article 1er de la loi n° 2014-201 du 24 février 2014 impose aux professionnels autorisés à user du titre de chiropracteur et exerçant à titre libéral de souscrire une assurance destinée à garantir leur responsabilité civile pour les dommages aux tiers résultant d’atteintes à la personne survenues dans le cadre de l’ensemble de cette activité.

L’obligation est entrée en vigueur au 1er janvier 2015 : depuis cette date, tout praticien doit pouvoir justifier que sa responsabilité est couverte.

Texte fondateur
Article 1er de la loi n° 2014-201 du 24 février 2014
Entrée en vigueur
1er janvier 2015
Qui est visé
Tout chiropracteur exerçant à titre libéral
Ce qui est couvert
Les dommages aux tiers résultant d’atteintes à la personne, sur l’ensemble de l’activité
Sanction du défaut
45 000 € d’amende, et interdiction d’exercer selon l’article 131-27 du code pénal
Suite de la sanction
L’interdiction est notifiée au directeur général de l’ARS
Les plafonds de garantie sont encadrés

La loi prévoit que les contrats peuvent comporter des plafonds de garantie, dont le montant minimal est fixé par voie réglementaire. Un plafond n’est donc pas un détail commercial : c’est le montant au-delà duquel une condamnation reste à votre charge personnelle. Sur un dossier neurologique, ce point mérite d’être regardé avant le tarif.

Comment votre responsabilité est engagée

Parce que vous n’êtes pas soumis au régime du code de la santé publique, votre responsabilité se joue sur le terrain du droit commun des contrats.

Le lien qui vous unit à votre patient est un contrat de soins. Sa méconnaissance relève de l’article 1231-1 du code civil. Vous êtes tenu d’une obligation de moyens : vous ne promettez pas la guérison, vous promettez des soins conformes aux données acquises et aux règles de votre art.

Conséquence pratique : c’est au patient de démontrer une faute, un dommage et un lien de causalité entre les deux. Le simple fait qu’un patient aille moins bien après une séance ne suffit pas à engager votre responsabilité — encore faut-il établir que vous avez manqué à vos obligations.

Aucun filet de solidarité nationale

L’indemnisation des accidents médicaux non fautifs par l’ONIAM ne concerne que les actes réalisés par des professionnels de santé relevant du code de la santé publique. Le chiropracteur n’en fait pas partie. En l’absence de faute prouvée, la victime n’est indemnisée ni par votre assureur, ni par la solidarité nationale. À l’inverse, dès qu’une faute est retenue, l’intégralité de la réparation repose sur votre contrat, sans mécanisme public en second rang.

Ce que cela change concrètement

Chez un professionnel de santé inscrit au code de la santé publique, un dommage grave et non fautif peut être pris en charge par la solidarité nationale au-delà de certains seuils de gravité. Ce dispositif ne vous est pas ouvert. Votre contrat de responsabilité civile est, en pratique, la seule ressource mobilisable lorsqu’une faute vous est reprochée.

Ce que couvre — et ne couvre pas — la RC Pro du chiropracteur

Couvert par la RC Pro
  • Atteintes corporelles causées à un patient pendant une manipulation ou une mobilisation
  • Aggravation d’un état imputable à une faute de prise en charge
  • Retard fautif d’orientation vers un médecin, sur le terrain de la perte de chance
  • Chute ou blessure d’un patient dans vos locaux
  • Frais de défense : avocat, expertise médicale, procédure
  • Réclamations tardives, au titre de la garantie subséquente
Hors RC Pro
  • Votre local, votre table et votre matériel, qui relèvent de la multirisque
  • Les actes que le décret de 2011 vous interdit
  • Les actes non déclarés à votre assureur
  • La faute intentionnelle
  • Vos propres revenus en cas d’arrêt, qui relèvent de la prévoyance
La garantie subséquente, souvent négligée

La loi de 2014 renvoie expressément aux articles L.251-2 et L.251-3 du code des assurances. La garantie subséquente couvre les réclamations formulées après la fin du contrat, pour cinq ans au minimum. Ce délai est porté à dix ans pour le dernier contrat souscrit avant cessation d’activité ou décès — l’extension tombant en cas de reprise d’activité. Un dossier neurologique se déclarant parfois longtemps après le geste, c’est une clause à lire de près.

Les cinq points à vérifier avant de signer

Définition de l’activité
Le contrat doit nommer la chiropraxie et vos actes réels, pas une catégorie « bien-être » ou « médecine douce » générique.
Manipulations du rachis cervical
Le geste le plus exposé de la profession doit être couvert sans réserve ni sous-limite cachée.
Plafond corporel
C’est le poste qui compte : un dommage neurologique se chiffre très au-delà d’un dommage matériel.
Garantie subséquente
Cinq ans minimum, dix ans pour le dernier contrat avant cessation d’activité.
Patientèle particulière
Nourrissons, femmes enceintes, personnes âgées, sportifs : à déclarer si vous en recevez régulièrement.
Le piège du contrat « thérapies manuelles » générique

Un contrat rédigé pour un ensemble flou de pratiques manuelles peut ne pas viser la chiropraxie telle que le décret de 2011 la définit — ni les manipulations vertébrales que vous êtes autorisé à pratiquer. En cas de sinistre, la discussion portera sur la définition d’activité avant de porter sur le fond. Lisez cette clause avant le tarif.

Justifier de votre assurance

Depuis le 1er janvier 2015, vous devez pouvoir justifier que votre responsabilité est couverte. L’attestation vous sera demandée par votre bailleur, par vos éventuels confrères en cabinet de groupe, et elle est attendue dans le cadre du suivi de votre inscription auprès de l’agence régionale de santé.

En cabinet de groupe, chaque praticien répond de ses propres actes : une attestation commune ne dispense personne. Vérifiez que chaque associé ou collaborateur dispose de la sienne, et que les locaux partagés sont couverts par un contrat identifié.

À conserver
Votre attestation en cours de validité, renouvelée chaque année
Qui la demande
Bailleur, confrères, administration, patients dans certains cas
En cas de changement
Nouvelle activité, nouveau local, nouvelle patientèle : prévenez votre assureur
Questions fréquentes

Questions fréquentes sur la RC Pro du chiropracteur

La RC Pro est-elle obligatoire pour un chiropracteur ?
Oui, depuis le 1er janvier 2015. L’article 1er de la loi n° 2014-201 du 24 février 2014 l’impose à tout chiropracteur exerçant à titre libéral. Le défaut d’assurance est puni de 45 000 € d’amende et d’une interdiction d’exercer notifiée au directeur général de l’ARS.
Le décret de 2011 impose-t-il l’assurance ?
Non. Le décret n° 2011-32 du 7 janvier 2011 fixe les actes autorisés et les conditions d’exercice, mais ne crée aucune obligation d’assurance. Celle-ci résulte de la loi du 24 février 2014, entrée en vigueur le 1er janvier 2015.
Le chiropracteur est-il un professionnel de santé ?
Son titre est reconnu par la loi et son exercice encadré par décret, avec enregistrement auprès de l’ARS. Mais il n’est cité par le code de la santé publique ni parmi les professions médicales, ni parmi les auxiliaires médicaux. Il ne relève donc pas des règles propres à ces professions.
Sur quel fondement ma responsabilité est-elle engagée ?
Sur celui de la responsabilité contractuelle de droit commun, article 1231-1 du code civil, avec une obligation de moyens. Le patient doit prouver une faute, un dommage et un lien de causalité entre les deux.
Mon patient peut-il être indemnisé par l’ONIAM ?
Non. Le dispositif de solidarité nationale ne vise que les actes des professionnels de santé relevant du code de la santé publique. En l’absence de faute prouvée, la victime n’est indemnisée ni par votre assureur, ni par l’ONIAM.
Que devient ma garantie si j’arrête mon activité ?
La loi renvoie aux articles L.251-2 et L.251-3 du code des assurances. La garantie subséquente couvre les réclamations postérieures à la fin du contrat pendant cinq ans au minimum, et dix ans pour le dernier contrat souscrit avant cessation d’activité ou décès.
Pour aller plus loin

Pour aller plus loin

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